Dans le pays de Herve, une formation unique au monde pour apprendre à sélectionner et exposer les bovins. (Photos Michel Tonneau)

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Elevage Une formation unique au monde pour mieux sélectionner les bovins

N’est pas reine des prés qui veut : si une plastique et une élégance naturelles sont les alliées convenues des miss de tout poil, ce n’est pas toujours suffisant, il est même des défilés qui réclament des postulantes un bassin suffisamment large, des membres idéalement coudés, des mamelles généreuses mais pas trop. Les génisses qui défileront ces samedi et dimanche à la foire agricole de Battice, dans le pays de Herve, ne le savent que trop : les hommes ont l’amour vache. Un poil qui dépasse, des pattes torves, un pis non réglementaire et c’est l’estocade plutôt que l’accolade.

Heureusement, ces bêtes de concours ne partent pas seules devant leurs juges : l’association wallonne de l’Élevage (AWE) anime depuis 10 ans à leur attention des séances de remise en forme, diététique, coiffure et de ce que l’on pourrait décrire par « acquisition d’une démarche chaloupée sur les catwalks », « séduction des jurés » et « conception d’un book ». Plus pragmatiquement appelés ateliers de « lavage », « alimentation », « clippage », « présentation », « jugement » et « photos professionnelles ». « Cette formation est la meilleure en Europe et sans doute dans le monde, s’enthousiasme le directeur commercial de l’AWE, Alain Hogge. Elle a été créée il y a 10 ans pour renforcer le dynamisme de l’élevage wallon. »

« La première édition était réservée aux jeunes agriculteurs wallons, c’était l’occasion de les faire connaître en Europe car les Belges sont trop humbles, ils ont de bons produits mais ne savent pas toujours les vendre », renchérit James Peel, l’éleveur canadien qui, ce week-end, jugera ses jeunes confrères et leurs génisses.

À quelques pas, dans un des immenses hangars de la foire agricole, une centaine d’adolescents et de jeunes adultes s’activent autour d’autant de robes pie noire. « La formation et l’exposition sont réservées aux Holstein, la race la plus courante dans nos régions », reprend Alain Hogge. Car il ne suffit pas d’avoir sous la main une des vaches les plus productives au monde – jusqu’à 9.000 litres de lait par lactation –, encore faut-il le faire savoir. Et quelle meilleure publicité, pour un éleveur, qu’une moisson de coupes et de médaille ? Bénéficiant à tout le troupeau, le sacre d’une nouvelle star offre au fermier un surcroît de notoriété, lui permet donc de mieux vendre ses animaux et leurs embryons. « Mais cette formation ne sert pas qu’à valoriser les animaux, elle est aussi un apprentissage de bonnes pratiques pour les professionnels de l’élevage. »

Car comment dorloter ces sympathiques laitières ? Comment les dégraisser lorsqu’elles s’empâtent ? Doit-on les laver à la brosse dure ou molle ? Au tuyau ou au Karcher ? Et les oreilles, comment les nettoyer sans effrayer l’animal, sans le rendre sourd non plus ? Comment présenter l’étoile montante à un acheteur potentiel ? Autant de points d’interrogation que les 128 jeunes et leurs professeurs – ceux-ci venus d’Espagne, des Pays-Bas, d’Italie, de Suisse et du Canada, ceux-là sélectionnés dans toute l’Europe et au Canada – tenteront de balayer au cours des six ateliers.

Montée sur le ring

« Parce qu’il est difficile de venir de l’étranger avec un animal, des fermiers ont confié des génisses aux élèves », continue le responsable commercial de l’AWE. Avec, chez ces prêteurs, l’espoir de voir une de leurs bêtes primée lors de l’exposition qui clôturera la foire agricole.

« On a dû changer d’animal, il était dur à cuire, un peu trop sauvage », soupirent cependant Kevin, 19 ans, et Eric, son aîné. Leurs parents élèvent une vingtaine de vaches à Môtiers, dans le canton suisse de Neufchâtel. C’est leur première participation : « Même si en quelques jours, il n’est pas possible de préparer une génisse, cette formation nous permet d’améliorer certaines techniques », disent-ils. Nordin, un Tournaisien de 15 ans et son équipier Damien, un Liégeois de 18 ans, se réjouissent par contre d’avoir pu choisir leurs animaux « chez des éleveurs de la région ». « Le plus stressant, concèdent-ils, est l’heure qui précède le concours, lorsque les bêtes sont prêtes à entrer sur le ring ».

Cette fièvre, cette poussée d’adrénaline lorsqu’il faut accompagner l’animal sur la sciure et le soumettre à l’intransigeant regard du juge, Bruno Toussaint s’en souvient : « J’ai fait ma première formation il y a dix ans, raconte-t-il. Le samedi matin, il y en a beaucoup qui perdent leurs moyens. Mais au fil des années, le stress diminue ». Délégué commercial à l’AWE, il est aujourd’hui un préparateur réputé. Une trentaine de fois par an, il répond à l’invitation d’un fermier pour coacher ses animaux jusqu’au défilé : « Ce sont des missions qui me font voyager partout en Europe et deux fois par an, au Canada. ». Il a notamment décroché des médailles nationales en France et en Suisse.

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photos © Michel Tonneau


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