Dimitri a longtemps nettoyé l’arrière-salle d’un restaurant de Grâce-Hollogne. Parfois aussi, il fermait les yeux et gonflait les biceps pour aider son patron à dépiauter les maisons vides de Bierset ou impressionner quelques débiteurs. Son épouse Tatiana lavait le linge et lustrait les assiettes de ce même établissement gastronomique. Eki, la Nigériane, a quitté la ferme familiale pour un monde meilleur. De cette terre promise, elle n’a rien vu ou si peu : un cagibi de quelques mètres carrés en Cathédrale nord, un lit, un siège en osier, beaucoup d’hommes aussi. Quant à Nabila, payée un euro l’heure, elle avait pour consigne d’épousseter, frotter, curer tout ce qui était à portée de vue. Et dans cette confortable villa d’Anthisnes, les yeux des patrons portaient loin.

Ils ont en commun de se lever tôt, se coucher tard. Sans argent, sans papiers, ils cultivent la discrétion, si ce n’est l’invisibilité : on les croise sans les voir entre les tables d’un banquet, dans l’arrière-cuisine d’un restaurant, de bon matin les mains dans le détergent, beaucoup plus tard sous les néons d’un salon privé (…) (Photos de Jean-Claude Dessart)

joel matriche

joel matriche


Subscribe to comments Comment | Trackback |
Post Tags:

Browse Timeline


Add a Comment


XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>


© Copyright 2007 @joelmatriche . Thanks for visiting!