Les sociétés belges Janssen Pharmaceutica, Pauwels International, Atlas Copco, Airpower et Solar Turbines Europe se sont-elles, au plus fort de l’embargo qui frappait l’Irak, compromises avec le régime de Saddam Hussein afin d’augmenter leur chiffre d’affaires ? (Photo Maya Alleruzzo/AP)
joel matriche
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En 2005 déjà, elles figuraient – aux côtés de plus de 2.000 autres entreprises – sur la liste noire établie par le Comité indépendant chargé de dénoncer les abus du programme onusien « Pétrole contre nourriture ».
Depuis le 27 juin dernier, ces quatre mêmes sociétés se retrouvent dans la plainte qu’a déposée la république d’Irak sur la table du juge Loretta Preska, au tribunal fédéral siégeant à New York.
À l’origine de ce dossier, un programme spécial mis en place de 1996 à 2003 par l’ONU afin d’atténuer l’impact de l’embargo sur les civils irakiens et permettre l’exportation de barils de pétrole en échange de nourriture, de médicaments, de fournitures diverses. Certaines sociétés ont-elles accepté de payer des commissions illégales au régime de Saddam Hussein pour décrocher de juteux marchés ? Ce sera, en 2005, l’ultime conclusion du rapport de la commission d’enquête coordonnée par Paul Volcker : environ 2.200 compagnies, soupçonnait alors la centaine d’enquêteurs, auraient joué le jeu du régime irakien en lui rétrocédant 10 % du montant de leurs contrats. Des commissions qui auraient été déguisées en « rétributions pour service après-vente »ou« frais de transport». Parmi ces sociétés suspectes, une trentaine battent pavillon belge. «
Estimant que la « plus importante fraude financière de l’histoire» avait avant tout affecté “la vie et la santé du peuple irakien», l’État irakien a donc, il y a quelques jours, officiellement demandé réparation. En citant, par la voix de ses deux avocats américains, plus de 90 entreprises devant la juridiction fédérale, Bagdad espère récupérer les 10 milliards de dollars qui auraient initialement dû être convertis en « vivres, médicaments et autres fournitures humanitaires. »
Les plaignants estiment encore qu’en violant les règles du programme « Pétrole contre nourriture », les sociétés étrangères auraient déforcé la politique de sanctions économiques et, indirectement, permis à l’ancien régime de Saddam Hussein de rester au pouvoir.
Dans cette plainte de 46 pages, que Le Soir a pu se procurer, l’État irakien détaille les mécanismes qui auraient été mis en place par certaines entreprises pour flouer l’administration de l’ONU et décrocher les précieux contrats d’approvisionnement. Atlas Copco Airpower, une division anversoise (Wilrijk) du suédois Atlas Copco présentée comme « l’unité de compresseurs la plus grande au monde », aurait ainsi « payé plus de 1,3 million de dollars en commissions illicites afin de vendre pour plus de 15,6 millions de dollars de fournitures. » L’entreprise Pauwels International aurait « payé plus de 1 million de dollars afin de décrocher des ventes pour plus de 11 millions de dollars dans le cadre du programme Pétrole contre nourriture », Janssen Pharmaceutica (Beerse) aurait accepté des surfacturations pour au moins 348.295 dollars et Solar Turbines Europe (Gosselies) n’aurait dû qu’au versement d’un pot-de-vin de 510.000 dollars l’obtention de contrats d’un montant huit fois supérieur. Contactées mardi, aucune des sociétés n’a commenté ces accusations, ni la procédure nouvellement initiée à leur encontre aux Etats-Unis.
À côté de ce quatuor noir, jaune, rouge, des dizaines d’autres multinationales se retrouvent au coeur de l’action intentée par le gouvernement irakien : BNP Paribas, Chevron, Daewoo, Daimler-Chrysler, Kia, Renault et Volvo, ou encore les laboratoires Roche… En 2006, une commission indépendante australienne établissait d’ailleurs que le géant de l’agroalimentaire AWB avait payé 220 millions de dollars en commission à l’ancien régime baasiste irakien afin d’assurer des contrats de vente de blé pour une valeur de 2,3 milliards de dollars. D’autres pays, dont les Etats-Unis, ont mené leurs propres investigations et souvent pris des sanctions.
